Les limites de mon langage sont les limites de mon univers.
Ludwig Wittgenstein
La culture anglaise suisse est de plus en plus présente dans le paysage culinaire suisse, de même que dans les domaines artistiques que sont la littérature, la musique et les arts visuels. Y a-t-il cependant un équilibre qui se crée entre cet usage massif de l'anglophonie et les langues nationales que sont l'allemand, le français, l'italien et le romanche, ou bien cet équilibre est-il menacé ?
De nombreux débats sont ouverts et enflamment le quotidien des Suisses, mais cependant, un véritable effort est effectué concernant la promotion des valeurs traditionnelles locales suisses.
L'anglais dans la littérature suisse
Influence sur les auteurs et les œuvres
Les auteurs et autrices suisses ont pris pour habitude d'intégrer dans leurs œuvres l'anglais de manière naturelle, fluide et quasiment automatique. Cela peut être par le biais de :
- citations
- titres
- dialogues
- anglicismes

Concernant les citations, elles figurent bien souvent en début de chapitres afin de reprendre des idées bien connues relatées par des personnalités anglophones.
Même dans un contexte suisse, ces références de slogans, de citations célèbres ou de répliques de films sont considérées comme universelles !
En ce qui concerne les titres de livres, les auteurs et autrices suisses aiment parfois utiliser l'anglais afin de rendre, encore une fois, leur œuvre plus internationale et ouverte sur le monde, ou bien également afin d'attirer l'attention.
Ce phénomène des titres écrits en anglais tandis que l'œuvre est rédigée en français ou en allemand est particulièrement présent en Suisse alémanique.
Quelques exemples ?
- The Sweet Indifference of the World, de Peter Stamm
- Top Dogs, Urs Widmer
- Small World, Martin Suter
- Business Class 3, Martin Suter
Traductions et publications en anglais
Alors que la Suisse dispose déjà de 4 langues nationales officielles, l'anglais s'ajoute pratiquement comme une cinquième langue, dans la littérature. Si la grande majorité des auteurs et autrices suisses ne rédigent pas directement en anglais, certains vont jusque-là, et tous les autres font traduire leur œuvre en anglais systématiquement !
Sans traduction en anglais, les auteurs et autrices suisses savent d'avance que le succès ne pourra être aussi grand et large, car alors les anglophones n'auront aucun accès aux œuvres. Il faut faire remarquer ici que bien que les Suisses soient plurilingues et multiculturels de naissance, de par les traditions de leur pays, les anglophones n'apprennent que très rarement une seconde langue.
de personnes parlent l'anglais dans le monde.
Les Britanniques (Anglais, Irlandais du Nord, Écossais, Gallois) sont réputés comme étant parmi les moins bons élèves en matière d'apprentissage des langues étrangères.
En effet, ils ne parlent bien souvent que leur propre langue, sans chercher à en connaître d'autres !
Spécialement les Anglais, d'ailleurs. Les Américains ne font pas beaucoup mieux. En effet, selon une étude du Pew Research Center, seuls 20% des écoliers américains apprennent une langue étrangère entre les équivalents de la maternelle et de la terminale.
Ainsi, pour que l'œuvre des auteurs suisses parvienne aux yeux des anglophones, il n'y a pas réellement d'autre choix que de faire traduire leur livre dans la langue internationale.

Problématiques avec la systématisation des traductions anglaises
Les Suisses sont bel et bien divisés à ce sujet : les traductions anglaises des œuvres sont-elles fidèles aux originaux ? Lorsque l'on parle de fidélité, il s'agit non pas uniquement de fidélité linguistique, mais également de fidélité culturelle.
Car s'il est bien un pays au sein duquel les traditions culturelles occupent une place dominante perpétuée de décennie en décennie, c'est la Suisse.
L'anglais dans la musique suisse
Prévalence des chansons en anglais
Depuis ces dernières décennies, la musique anglophone est désormais devenue un marqueur de la scène musicale suisse, intégrant plus profondément chaque jour encore les traditions musicales suisses. En effet, nombreux sont les artistes suisses qui chantent désormais en anglais !
Loïc Riom, enseignant à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, a mené quinze entretiens individuels et cinq séances de restitution collective auprès des membres de six groupes différents d'indie rock en Suisse.

Ceci lui permit de rédiger son article « “We’re very local, but we have international standards” : circulation et appropriation de l’indie rock par six groupes suisses », publié en 2017.
Lors de ces interviews, le doctorant en est venu à constater que les intéressés écoutaient relativement peu d'artistes suisses, au profit d'artistes anglophones...
La raison principale ? Ceci ne correspondrait pas à la musique qu'ils souhaitent jouer.
Chanter en français sur du rock dans la plupart des cas ça sonne un petit peu comme une adaptation, comme quand tu regardes un film doublé.
L'un des chanteurs et guitaristes interviewés par Loïc Riom
Rappelons que déjà dans les années 1970, les chanteurs et chanteuses suisses que nous connaissons (Patrick Juvet, Stephan Eicher…) ont eu autant de succès à l'international parce qu'ils chantaient notamment en anglais, en plus du français.
Impact sur les genres musicaux locaux
Bien entendu, l'adoption de l'anglais comme langue internationale et dominante dans la sphère de la musique influence drastiquement les genres musicaux suisses, en favorisant ainsi des styles plus internationaux, plus communs et moins traditionnels.
s'est fortement éloigné des traditions musicales culturelles helvétiques.
Les traditions locales que sont le yodel, les musiques instrumentales de danse folklorique, le cor des Alpes et plus récemment le Mundart-Roc ou encore le Mundart-Pop se sont vues reléguées au second plan, au profit des styles musicaux internationaux que sont le rock, la pop, le hip-hop ou encore le rap.
L'anglais dans les arts visuels suisses
Titres et descriptions d'œuvres en anglais
Tout comme c'est le cas pour les œuvres littéraires suisses, les œuvres d'arts visuels sont parfois nommées avec des titres anglais, afin de faciliter la compréhension par le public international, et également afin d'attirer plus facilement l'attention.
Les artistes peintres et sculpteurs suisses sont les plus concernés ici.
À titre d'exemple, l'artiste suisse Urs Fischer intitule quasiment systématiquement ses œuvres de titres anglais :
- Untitled (Bread House)
- Bad Timing, Lamp Chop!
- Untitled (Lamp/Bear)
- Death of a Moment
- Thinking about Akbar

Et le nom choisi pour son exposition à Paris en 2004 n'échappe pas à la régle : "Not My House Not My Fire".
Présence de l'anglais dans les expositions et galeries
Les expositions et galeries opèrent à l'échelle mondiale, et non nationale ou encore moins locale. Lorsque vous vous exposez au sein d'une galerie située à Bâle, par exemple, il faut savoir que les opérateurs et commissaires d'exposition traitent avec des galeries situées à New York, Paris, Berlin, Londres ou encore Hong Kong... La langue internationale, l'anglais, est donc naturellement la langue favorisée.
Cette présence de l'anglais dans les titres des galeries et/ou des œuvres suisses montre également une volonté d'intéresser des étrangers, et donc, de s'ouvrir au monde entier. Il en est de même pour le marketing suisse !
Débats et perspectives sur l'anglophonie dans les arts suisses
Préservation des langues nationales
Bien entendu, ces problématiques sont soulevées au niveau national, car des voix s'élèvent contre la mondialisation et contre l'omniprésence de la langue anglaise, afin de protéger l'usage des langues nationales dans les arts suisses, qu'il s'agisse de cinéma, de littérature, de peinture ou bien de musique. L'identité culturelle suisse est notamment défendue par la Délégation Suisse à la langue Française (la DLF), dont l'une des missions est la suivante :
Constituer un lieu de réflexion et d’analyse de la situation du français en Suisse, en liaison avec les options de politique linguistique envisagées sur les plans cantonal, intercantonal et fédéral ; susciter auprès du grand public de telles réflexions, notamment par la promotion d’activités en rapport avec la langue française (débats, conférences, etc., par exemple dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la francophonie.
Extrait du mandat du portail de la DLF
Si le phénomène s'est étendu à toute l'Europe, il faut garder en tête qu'en Suisse, nous possédons quatre langues régionales. Les Suisses n'ont ainsi pas seulement peur que l'anglais ne supplante une langue nationale, mais bien toutes !

En Suisse, l'un des bijoux que les étrangers apprécient lorsqu'ils visitent le pays et en parlent ensuite en rentrant de voyage est justement cet aspect plurilingue, ainsi que les traditions qui accompagnent chaque région.
Avec une prédominance radicale de l'anglais dans le pays, autrement dit dans chaque région linguistique, cette différence de culture et de traditions, notamment musicales, formant un tout ne va-t-elle pas disparaître ?
L'idée que l'anglais supplante le français et l'italien en Suisse alémanique (la région suisse la plus touchée par ce phénomène) inquiète et suscite très régulièrement des débats médiatico-politiques.
des 17 cantons germanophones (Bâle-Campagne, Bâle-Ville et Soleure).
Pro Helvetia, fondation suisse pour la culture et sur mandat de la Confédération helvétique, est active dans la promotion des artistes suisses à l'étranger ainsi que dans le reste du pays. La fondation encourage fortement la création artistique suisse en aidant à sa bonne diffusion. À titre d'exemple, Pro Helvetia accorde très régulièrement des soutiens à la création ainsi qu'à la production, et ce dans tous les domaines culturels des arts suisses, à l'exception du cinéma.
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