« Réforme orthographique », « réforme de l’orthographe » ou « accent circonflexe » furent des expressions fortement utilisées sur le web en 1990, et notamment sur les réseaux sociaux. A l’origine de tout cela, un prétendu bouleversement soudain de la langue française qui a semé un vent de panique chez nos voisins français.
En Suisse cependant, la réforme orthographique fut simplement considérée comme un pas en avant, une étape logique dans le changement d'une langue qui, après tout, ne reste jamais figée et évolue avec le temps !
Mais entre désinformation et emballement, en France, tout est devenu un débat identitaire et politique passionné. Replongeons donc à l’origine de cette réforme de l’orthographe et analysons ses différents points. Nous verrons, en outre, si elle permet d'apprendre à mieux écrire ? Laissez-nous vous aider à mieux comprendre la réforme de l'orthographe !
Origines et contexte de la réforme : comprendre la réforme de l'orthographe
Historique des réformes orthographiques en France
En constatant les réactions parfois disproportionnées et épidermiques de nos voisins ce jeudi 4 février 2016, l’on est en droit de s’interroger sur la réaction des Français lors des précédentes réformes orthographiques. Car oui, il y en a déjà eu de nombreuses au cours de l’histoire.
L’une des plus significatives date de 1985 et concernait d’ailleurs le remplacement de la terminaison en « oi » sur certains verbes, par « ai », beaucoup plus conforme aux prononciations d’alors. D’autres évolutions ont jadis été actées par l’Académie française, notamment en 1650, en 1740, en 1878 et en 1935.
Le linguiste français André Chervel explique ainsi qu'entre 1650 et 1835, une plus ou moins grande réforme orthographique avait lieu environ tous les douze ans !
la fameuse Académie française.
Pourquoi ne pas prendre des cours de français intensif lausanne pour réviser tout cela ? Mentionnons les principales réformes :
1650
Effacement des consonnes muettes à l'intérieur de certains mots : estre devient être, poistrine devient poitrine, escrire devient écrire
1667
Dinstinction entre le i et le j, et entre le v et le u
1694
1ère édition du Dictionnaire de l'Académie (conservatrice)
1694
Certains mots en "eu" deviennent "û" (meur -> mûr, seur -> sûr)
1718
2e édition du Dictionnaire de l'Académie
1735
Les pluriels se terminant par -ez se terminent désormais par -és
1740
3e édition du Dictionnaire de l'Académie
1762
4e édition du Dictionnaire de l'Académie (nombreuses et importantes simplifications)
1798
5e édition du Dictionnaire de l'Académie (simplifications)
1835
6e édition du Dictionnaire de l'Académie (lettres ramistes répandues par Corneille, graphie « voltairienne » proposée par Voltaire en ai (« avais », au lieu de « avois »)...)
1893
André Renard publie "La nouvelle orthographe", inspirant notamment la réforme de 1990 un siècle plus tard
1935
8e édition du Dictionnaire de l'Académie (traditionaliste)
1970
Association des Enseignants de Français : Manifeste de Charbonnières (demandant la suppression, dans les programmes, de l'histoire littéraire traditionnelle)
1975
Loi Bas-Lauriol n°75-1349 du 31 décembre 1975 rendant l'usage du français obligatoire au sein de l'affichage public et commercial, interdisant tout terme étranger
1984
Yvette Roudy, Ministre des droits de la femme, forme une commission de terminologie concernant la féminisation des noms de métiers
1990
Réforme de la langue française : propositions pour une orthographe rectifiée et simplifiée
1991
9e édition du Dictionnaire de l'Académie
2016
L'orthographe rectifiée apparaît dans les manuels scolaires durant la rentrée scolaire 2016-2017
La réforme de 1990 : genèse et objectifs
C'est le Premier Ministre Michel Rocard (à Matignon de 1988 à 1991) qui, en 1989, met en place un Conseil Supérieur de la langue française, regroupant notamment des membres de l’Académie française. Son ambition : réformer la langue, la faire évoluer.
un rapport complet est remis et lu au Premier Ministre par Maurice Druon.
Il est alors secrétaire perpétuel de l’Académie française et président du groupe de travail. Le moins que l’on puisse dire donc, c’est que la réforme ne date pas d’aujourd’hui. Nul besoin ainsi de blâmer la fameuse « génération textos » ou le gouvernement actuel. Prêt pour des cours de français ?

Le rapport établi alors par tous ces grands connaisseurs de la langue fait état de plusieurs corrections à apporter à la langue et surtout, à employer « facultativement ».
Ces modifications portent sur :
- L’accent circonflexe
- Le trait d’union
- L’accent grave
- L’accent aigu
- Les mots composés au pluriel
- Le participe passé des verbes pronominaux
- Certaines anomalies
ans, le riche dossier établi par le « Conseil supérieur de la langue française » reste dans les limbes…
2008 fut donc l’année de la résurrection pour la réforme de l’orthographe initiée par Michel Rocard et une partie de l’Académie française. L'Éducation nationale décide en effet de publier un bulletin officiel rappelant alors aux professeurs que « l’orthographe révisée est la référence ». Vous cherchez un cours de français lausanne ?
À partir de là et de cette note, professeurs et manuels scolaires décident de suivre ou non la réforme, qui, rappelons-le, n’a rien d’obligatoire. Le mot « référence » en atteste d’ailleurs. En France, les réseaux sociaux détournèrent l'information.
Beaucoup ont également parlé de nivellement par le bas de la langue française, arguant que tout ceci n’était qu’une conséquence des difficultés de la « génération textos » (le niveau d’orthographe en baisse ces dernières années) et de ses erreurs fréquentes en français.
que les éditeurs de manuels scolaires décident de tous s’accorder sur ces modifications.
C’est en tout cas ce qu’aurait confirmé une source du Ministère de l'Éducation au journal Le Monde.
Principales modifications introduites par la réforme
Cette réforme orthographique va-t-elle nous imposer une nouvelle façon d’écrire ? Devenir bon en orthographe avec la nouvelle réforme est la véritable question. On entend bien souvent parler de cette réforme comme étant "la nouvelle orthographe accent circonflexe".
Si ces évolutions énumérées par l’Académie française sont « la référence » désormais, et ceci depuis 1990 ou 2008, c’est selon, elles n’en demeurent pas moins facultatives à l’écrit.
Mais qu’est-ce que cela veut bien dire au final ? Comment devra-t-on écrire les mots concernés par la réforme ?
La réponse est somme toute très simple et pleine de flexibilité : des deux façons.
L’ancienne et la nouvelle ! Ainsi, un professeur, un supérieur ou toute autre personne amenée à corriger ou à critiquer votre orthographe ne pourra sanctionner une personne utilisant l’orthographe admise avant cette réforme ou bien la nouvelle.

Il est fort probable qu’au cours des prochaines décennies, le changement soit définitivement entériné et admis, mais pour l’instant, la tolérance est de mise. Voici tous nos cours de français dans le cas où vous avez besoin d'y voir plus clair encore !
Et pour certifier cela, nous vous invitons à lire les déclarations faites à ce propos par Maurice Druon, académicien décédé en avril 2009 et président du groupe de travail :
C’est pourquoi, écartant tout projet d’une réforme bouleversante de l’orthographe qui eût altéré le visage familier du français et dérouté tous ses usagers répartis sur la planète, vous nous avez sagement invités à proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr .
Maurice Druon
Il est désormais temps de s’attaquer au cœur du problème et de passer à la partie pratique. Découvrons ensemble les règles exactes énoncées par la réforme de l’orthographe de 1990 et ayant été mises en pratique en 2016, en donnant notamment quelques exemples de mots directement impactés. Trouvez ici votre cours francais geneve afin de comprendre encore mieux ce qu'implique cette réforme !
Suppression de l'accent circonflexe sur 'i' et 'u'
Dans le cadre de cette relance de la réforme sur l’orthographe, l’accent circonflexe est celui qui a cristallisé les plus grosses craintes et les colères les plus vives.

Il est donc plus qu’utile de rectifier la vraie teneur de la réforme sur ce point précis.
L’accent circonflexe va-t-il disparaître de la langue française : non. Les mots impactés devront-ils dorénavant s’écrire sans le circonflexe ?
À vous de choisir ! La règle est en fait assez simple : lorsque la disparition de l’accent ne provoque pas un changement de sens du mot, il est admis de l’enlever.
Prenons donc l’exemple du mot « disparaître », qui pourra donc s’écrire « disparaitre » désormais. Idem avec « apparaitre », « naitre », « entrainement », par exemple.
En revanche, et c’est là que certaines réactions sur internet étaient beaucoup trop hâtives et surtout fausses, « jeûne », « sûr », « mûr » ou encore « dû » ne peuvent être changés. Leur sens en serait transformé, en effet !
De même, certaines terminaisons du passé simple (« nous suivîmes », « vous aimâtes »…), du subjonctif imparfait (« qu’il voulût ») ou du plus-que-parfait (« il eût voulu ») ne peuvent être modifiées non plus.
Enfin, pour être tout à fait complet sur le sujet, il s’avère que la disparition de l’accent circonflexe ne peut se faire que sur les voyelles I et U. A, E et O ne sont donc pas concernés, comme le stipule le rapport.
Simplification des traits d'union dans les mots composés
La réforme orthographique de 1990 s’est donc penchée sur la question des traits d’union présents dans la langue française. Le but des changements proposés et acceptés par l’Académie française ici est donc de simplifier la règle afin de réduire les fautes les plus répandues en français.
En lisant le rapport remis par Maurice Druon au Premier ministre Michel Rocard, la nouvelle orthographe autorise l'élimination du trait d’union.
C'est ce qu'on appelle « la soudure » ! Ces mots sont désormais considérés comme des mots simples.
Vous avez ainsi certainement entendu parler du mot « porte-monnaie » pour illustrer la réforme. Par conséquent, il s’écrit désormais sans trait d’union : portemonnaie.

De même lorsque le mot composé contient un élément savant, tel « narco » ou « neuro » par exemple, le mot se soude (ex : narcotrafiquant, neurochirurgien). Les autres soudures concernent ces types de mots :
- Des mots « ancrés dans l’usage », du type « croquemitaine » ou « piquenique »,
- Des mots formés à partir d’éléments prépositifs, du type « contre », « auto », « micro »… On obtiendra alors « autoentrepreneur », « microéconomie »…
- Des mots formés à partir de préfixes latins comme « extra », « intra », « ultra », « infra » ou « supra ».
- Des mots composés d’origine étrangère : « cowboy », « pinup », « weekend »… Il est en effet prévu dans la réforme d’appliquer la règle française à ces mots.
Le rapport stipule néanmoins : « On conservera toutefois le trait d’union quand la soudure risquerait de susciter des prononciations défectueuses, et généralement quand la dernière lettre du premier composant et la première lettre du second sont des voyelles qui pourraient former diphtongue. Exemple : extra-utérin ».

Pluriel des mots composés
La règle énoncée ci-dessus a donc une conséquence directe sur les hésitations que nous pouvions tous et toutes avoir sur les pluriels des mots composés.
Sur quel mot placer le pluriel désormais ? Avec la nouvelle règle, lorsque la soudure se fait, la question ne se pose plus !
Mais pour ce qui est des mots composés gardant leur trait d’union, qu’il s’agisse de verbe + nom ou de préposition + nom, c’est bel et bien le nom qui se verra impacté par le pluriel : « des pèse-personnes » (et non « des pèses-personnes ») ou encore « des après-midis » sont corrects.
Modification des accents graves et aigus
Avant-dernier point sur lequel il est important de se mettre à jour : l’accent grave et l’accent aigu. Et oui, eux aussi sont directement impactés par la réforme de l’orthographe ! En quoi ?
Cette modification précise souhaite ni plus ni moins qu’ajouter les deux accents aux mots où ils sont clairement prononcés, mais sur lesquels l’Académie française n’avait jamais statué. La priorité est donc donnée à la prononciation, qui doit se refléter dans l’orthographe du mot désormais.
« Assener », devra dorénavant s’écrire « asséner », idem avec « réfréner ». Par ailleurs, d’autres mots doivent aussi adopter l’accent grave, puisqu’il est prononcé désormais : « évènement » ou « allègrement », par exemple.
Maurice Druon disait à ce propos :
Les règles auxquelles répond l’usage des accents grave et aigu sur la lettre e seront appliquées plus systématiquement. Cela conduira à munir d’un accent des mots où il avait été omis.
Maurice Druon
Les anomalies
Comme souvent, lorsque des règles grammaticales sont dictées, il existe des anomalies. Malheureusement, pour ces dernières, point de logique ! La solution alors pour chacun est de les apprendre par cœur.
Mais après tout, nous y sommes habitués depuis nos premières leçons scolaires. La langue française en est criblée, non ? Mais en quoi peuvent bien consister ces fameuses anomalies ?
Il s’agit tout simplement de gommer « certaines graphies qui heurtent à la fois l’étymologie et le sentiment de la langue de chacun, et chargent inutilement l’orthographe de bizarreries », comme l’explique Maurice Druon.
Si bien que certains mots doivent s’écrire dorénavant :

- « Charriot » avec deux « r »,
- « Cuisseau » avec la terminaison « eau »,
- « Quincailler » plutôt que « quincaillier »,
- « Persifflage » avec deux « f »,
- « Greloter » avec un « t »,
- « Corole » avec un « r »,
- « Douçatre » et non « douceatre »
- « Combattif » avec deux « t ».
Le participe passé des verbes pronominaux

Cette partie de la réforme orthographique a fait bien moins de bruit et de polémique que celle expliquée ci-dessus.
Elle en fait pourtant totalement partie et vient surtout réglementer un point de grammaire fortement chahuté par de nombreuses personnes !
Le participe passé des verbes pronominaux se voit ainsi déclaré invariable dès lors qu’il est suivi d’un infinitif.
Si vous souhaitez ne plus faire d’erreurs, nous vous conseillons donc de prêter attention à cette modification des plus simples, mais très importante, qui ne concerne en fait que le verbe « faire ».
Ainsi, « elle s’est laissée faire / mourir / aller / séduire /attendrir » ne pourra donc plus s’écrire avec un -e. Le verbe pronominal suivi de l’infinitif étant invariable, cela donne : « Elle s’est laissé faire ».
Impact de la réforme sur l'usage quotidien
Réception par le grand public et les institutions
En Suisse, la réforme a largement été acceptée à la fois par les médias, les enseignants ainsi que les parents d'élève, contrairement à la France.
Depuis la création en 2010 du Plan d'Études Romand (PER), les manuels scolaires intègrent cette nouvelle orthographe simplifiée ! En 2002 et 2003, 53% des élèves suisses affirmaient connaître la nouvelle orthographe recommandée.
Mais déjà en 1998, les écoles romandes acceptent cette nouvelle orthographe. Les épreuves cantonnales suisses romandes font d'ailleurs usage de l'écriture simplifiée, et tous les professeurs formés sont mis au courant des rectifications.

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