Si les gens ne croient pas que les mathématiques sont simples, c'est uniquement parce qu'ils ne réalisent pas à quel point la vie est compliquée.
John Von Neumann
Les mathématiques existent depuis la nuit des temps, si l'on en croit la découverte de l'os d'Ishango (plus de 20 000 ans). Or, l'on sait que déjà durant l'Antiquité, les mathématiciens disposaient d'une grande fascination autour des nombres, et notamment autour des nombres parfaits.
Un nombre parfait est un nombre entier naturel tel que la somme de ses diviseurs propres est égale au nombre lui-même ou à la somme de ses diviseurs stricts. Qu'est-ce qu'un diviseur propre ? Il s'agit d'un autre diviseur que le nombre lui-même.

En mathématiques, les nombres parfaits disposent d'une origine fascinante, rien qu'en ce qui concerne leur nom, à savoir "nombres parfaits".
Les Pythagoriciens ainsi qu'Euclide, plus tard, s'intéressèrent à ces nombres si particuliers, les premiers leur attribuant un caractère sacré et supérieur, le second analysant les nombres purement d'un point de vue scientifique rigoureux en mathématique.
Le nombre 6 est l'exemple idéal d'un nombre parfait car il s'agit d'un entier positif égal à la somme de ses diviseurs propres, à savoir tous ses diviseurs excepté lui-même :
6 = 1 + 2 + 3
À ce jour, absolument tous les nombres parfaits connus sont pairs, et, bien qu'il soit possible d'en découvrir d'autres par la suite, ils sont actuellement peu nombreux.
nombres parfaits !
Les premiers nombres parfaits sont les suivants :
- 6 (1 + 2 + 3 = 6)
- 28 (1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28)
- 496 (1 + 2 + 4 + 8 + 16 + 31 + 62 + 124 + 248 = 496)
- 8 128 (1 + 2 + 4 + 8 + 16 + 32 + 64 + 127 + 254 + 508 + 1 016 + 2 032 + 4 064 = 8 128)
Un nombre est parfait si et seulement si on a :
σ(n) = 2n
Ici, sigman (σ) représente la somme de tous les diviseurs positifs de n !
Qu’est-ce qu’un nombre parfait ?
Définition avec les diviseurs propres
Un nombre parfait est un nombre dont la somme des diviseurs propres équivaut au nombre lui-même. Que sont les diviseurs propres ? Il s'agit de tous les diviseurs du nombre excepté lui-même.
Ainsi, à titre d'exemple, pour 6, nous avons 4 diviseurs : 1, 2, 3 et 6. Cependant, il faut donc enlever le 6 et faire la somme des trois autres diviseurs, ce qui donne... 6 !
On fait donc :
1 + 2 + 3 = 6
Pour 28, nous avons :
1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28
Testons maintenant avec 12 :
1 + 2 + 3 + 4 + 6 = 16, ce qui est différent de 12, signifiant donc que 12 n'est pas un nombre parfait !

6 est parfait
1 + 2 + 3 = 6
12 n'est pas parfait
1 + 2 + 3 + 4 + 6 ≠ 12
1 + 2 + 3 + 4 + 6 = 16
En mathématiques, on parle de nombre parfait et non pas de chiffre parfait. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'un nombre est une entité de quantité écrite avec un ou plusieurs chiffres, ce qui englobe donc les chiffres de 0 à 9. Il faut bien noter qu'un chiffre est un symbole de 0 à 9, permettant de noter les nombres. 6 est à la fois un chiffre et un nombre, cependant, pour englober tout nombre parfait, il faut donc indiquer "nombres parfaits".
Liste des nombres parfaits connus
Les premiers nombres parfaits
Il n'existe que trois nombres parfaits inférieurs à 1000 : 6, 28 et 496. Les premiers nombres parfaits sont : 6, 28, 496, 8 128 et 33 550 336.
| Rang | Nombre parfait | Décomposition / vérification |
|---|---|---|
| 1 | 6 | 1 + 2 + 3 = 6 |
| 2 | 28 | 1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28 |
| 3 | 496 | Somme de ses diviseurs propres = 496 |
| 4 | 8 128 | Somme de ses diviseurs propres = 8 128 |
| 5 | 33 550 336 | Généré à partir d’un nombre premier de Mersenne |
Pourquoi les nombres parfaits deviennent-ils si grands ?
Notons que la liste des nombres parfaits connus est particulière en ce sens que les nombres deviennent très vite extrêmement longs ! Ils dépendent d'ailleurs de la découverte des nouveaux nombres premiers de Mersenne, et demeurent très rares. Ce sont désormais grâce à des supercalculateurs que nous trouvons les quelques rares nombres premiers.
Mais pourquoi, concrètement ? Tout cela est dû à la nature même de la formule d'Euclide-Euler, à savoir :
Avec les exposants, qui sont donc 2ᵖ, chaque fois que le nombre premier p augmente un peu, le résultat final grimpe en flèche, nécessairement...
Comment savoir si un nombre est parfait ?
Méthode simple : additionner les diviseurs propres
La méthode la plus simple et la plus directe consiste à relever les diviseurs positifs du nombre en question.
étapes :
Etape n°1
Relever les diviseurs positifs du nombre
Etape n°2
Exclure le nombre lui-même
Etape n°3
Les additionner
Etape n°4
Comparer le résultat au nombre initial
Prenons l'exemple de 28 :
- Etape n°1 : ses diviseurs sont → 1, 2, 4, 7, 14 et 28
- Etape n°2 : on exclut le nombre 28 lui-même, donc cela donne → 1, 2, 4, 7 et 14
- Etape n°3 : on additionne les diviseurs propres → 1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28
- Etape n°4 : on compare et on observe ainsi que le résultat final est identique au nombre lui-même ! 28 est donc un nombre parfait en tous points.
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Selon vous, 18 est-il un nombre parfait ?

Peut-on trouver un nombre parfait avec un programme ?
Les nombres parfaits étant bien souvent gigantesques, ils sont aujourd'hui exclusivement trouvés par le biais de programmes informatiques ! En python, par exemple, un programme peut aisément tester chaque entier un par un :
def est_parfait(n):
somme_diviseurs = sum(i for i in range(1, n) if n % i == 0)
return somme_diviseurs == n
# Test des nombres de 1 à 10 000
for nombre in range(1, 10000):
if est_parfait(nombre):
print(f"{nombre} est un nombre parfait !")Cette méthode s'avère inefficace pour les très grands entiers tels que ceux dépassant 10 000.
Réponse à la question ci-dessus concernant le nombre 18 : 18 n'est pas un nombre parfait car la somme de ses diviseurs propres (à savoir : 1 + 2 + 3 + 6 + 9) équivaut à 21 et non pas à 18.
La formule des nombres parfaits pairs : le théorème d’Euclide-Euler
Le lien entre nombres parfaits et nombres premiers de Mersenne

Le théorème d'Euclide-Euler établit une équivalence totale entre les nombres parfaits pairs et les nombres premiers de Mersenne, tel que dans la formule :
"2ᵖ - 1" soit un nombre premier de Mersenne. Il s'agit de l'unique condition absolue ! Prenons deux exemples :
- Pour p = 3 → (2³ - 1) = 7 (qui est bien un nombre premier), ce qui donne avec l'application globale de la formule :
- Pour p = 2 → (2² - 1) = 3 (qui est également un nombre premier), ce qui donne :
Ce que démontre le théorème d’Euclide-Euler
Le théorème d'Euclide : si Mn est premier, alors 2n-1 Mn est un nombre parfait. On admet la fonction σ(n) comme la somme de tous les diviseurs de l’entier positif n. Un nombre parfait k est caractérisé par σ(k) = 2k. La fonction σ a la propriété suivante : si a et b sont deux naturels premiers entre eux, alors σ(ab) = σ(a)σ(b).
Par ailleurs :
- comme Mn est premier, on a σ(Mn) = 1 + Mn = 1 + (2n - 1) = 2n
- σ(2n-1) = 1 + 2 + 22 + 23 + · · · + 2n-1 = 2n - 1 = Mn
Alors σ(2n-1Mn) = σ(2n-1) x σ (Mn) = Mn x 2n = 2 x (2n-1Mn)
Si l'on résume :
- Euclide a démontré comment produire des nombres parfaits pairs à partir de certains nombres premiers
- Euler est parvenu à démontrer que tout nombre parfait pair est obtenu par sa formule
Existe-t-il des nombres parfaits impairs ?
Aucun nombre parfait impair n’est connu
Pour le moment, on ignore s'il existe des nombres parfaits impairs. Tous les exemples sont des nombres pairs, mais cela ne veut pas dire qu'il n'existe aucun nombre parfait impair !
Même si les recherches avancent, aucune n'a permis pour l'instant d'affirmer ou d'infirmer cette hypothèse. Carl Pomerance a publié une méthode heuristique suggérant l'inexistence d'un nombre parfait impair.
Un nombre parfait impair N doit remplir les conditions suivantes :
- N doit posséder plus de 300 chiffres s'il existe et être supérieur à 101 500
- N est de la forme :
où :
- q, p1, … , pk sont des nombres premiers distincts (Euler)
- Le plus petit facteur premier de N est inférieur à (2k + 8) / 3
- La relation e₁ + e₂ + … + eₖ ≡ 1 (modulo 3) n'est pas satisfaite

- qᵏ > 10⁶² ou pj2ej > 1062 pour au moins un j
- N est inférieur à 24k+1
- Si eᵢ ≥ 2 pour tout i :
- Le plus petit diviseur premier de N est au moins 739
- N ≡ 1 (modulo 12) ou N ≡ 9 (modulo 12)
- Le plus grand diviseur premier de N doit être supérieur à 108
- Le second plus grand diviseur premier de N doit être supérieur à 104 et le troisième à 100
- N doit comporter au moins 101 diviseurs premiers et au moins 10 diviseurs premiers distincts. Si 3 n'est pas un diviseur de N, alors N comporte au moins 12 diviseurs premiers distincts

Si tant est qu'ils existent, aucun nombre parfait impair n'est divisible par 105. De plus, aucun nombre de Fermat ne peut être parfait !
Ce que les mathématiciens savent déjà
Si l'on parvenait à trouver un nombre impair parfait dans le futur, à condition que cela soit possible bien entendu, alors les mathématiciens considèrent qu'il serait, dans ce cas, extrêmement grand.
En théorie des nombres, la recherche d'un tel nombre impair parfait est un problème ouvert à l'heure actuelle !
selon Christophe Clavier, enseignant-chercheur français spécialisé en informatique, en cryptographie ainsi qu'en sécurité des systèmes embarqués.
Histoire des nombres parfaits : d’Euclide aux recherches modernes
Les premiers travaux dans l’Antiquité
La proposition 36 du Livre IX des Eléments d’Euclide affirme que si le nombre 1 est premier, alors
est un nombre parfait. Les quatre premiers nombres parfaits sont connus depuis l'Antiquité. On les retrouve dans les travaux de Nicomache de Gérase et de Théon de Smyrne.
Les avancées d’Euler
René Descartes a confirmé dans une lettre à Mersenne que tout nombre parfait pair est euclidien, cependant il n'a pas démontré sa théorie. En revanche, le mathématicien suisse Leonhard Euler est le premier à donner une démonstration de l’observation de Descartes !
La combinaison des résultats d'Euclide et d'Euler permet ainsi d'obtenir une caractérisation complète des nombres parfaits pairs. Les sixième et septième nombres parfaits ont été trouvés par Cataldi au XVIᵉ siècle et le huitième en 1772 par Euler.
Les recherches contemporaines et les nombres de Mersenne
nombres parfaits.
Mais depuis, la recherche s'est accélérée grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées et à l'utilisation de l'ordinateur dans les années 1990 via le GIMPS (Great Internet Mersenne Prime Search).
Antiquité
Les travaux d'Euclide
XVIIe siècle
Les travaux de Mersenne et de Descartes
XVIIIe siècle
Les travaux de Euler
Époque contemporaine
Utilisation d'ordinateurs et de supercalculateurs
Présenter le rôle des calculs informatiques collaboratifs dans la recherche de grands nombres premiers de Mersenne et, indirectement, de nouveaux nombres parfaits pairs.
À quoi servent les nombres parfaits ?
Un intérêt majeur en théorie des nombres
Si les nombres premiers sont reconnus comme étant le fondement même de l'arithmétique par de nombreux mathématiciens, les nombres parfaits n'ont pas d'utilité particulière, dans le sens où ils ne sont pas utilisés pour résoudre une équation, une factorisation et n'entrent pas dans le champ de la cryptographie.
Ils étaient auparavant considérés comme supérieurs à tous les autres et certains voyaient un rôle mystique en eux :
Six est un nombre parfait en lui-même, non parce que Dieu a créé toutes choses en six jours, mais Dieu a créé toutes choses en six jours parce que ce nombre est parfait.
Saint Augustin dans "La Cité de Dieu"
Ils demeurent l'un des mystères des mathématiques, raison pour laquelle la recherche de nouveaux nombres parfaits fascine encore aujourd'hui de nombreux mathématiciens ! Les conjectures en rapport avec les nombres parfaits sont nombreuses.
Cependant, il convient de rappeler qu'avant tout, l'utilisation des nombres parfaits est fréquente lorsqu'il s'agit d'étudier les diviseurs, les fonctions arithmétiques, les nombres premiers ainsi que lorsqu'il s'agit de traiter des problèmes encore ouverts concernant la théorie des nombres.
Des applications surtout indirectes
Les applications de l'usage des nombres parfaits sont principalement indirectes. Ils ne sont pas, en tant que tels, des objets de la vie courante que nous percevons au quotidien.

Cependant, les méthodes utilisées pour étudier les nombres parfaits sont globalement similaires à celles utilisées pour étudier les nombres premiers, les calculs distribués ainsi que les grands entiers ! L'informatique est un domaine au sein duquel les nombres parfaits trouvent leur place, de par la méthode qui permet de les trouver notamment.
Nombres apparentés aux nombres parfaits
Nombres déficients et nombres abondants
Quelques définitions, à présent ! Le nombre déficient est un nombre dont la somme des diviseurs propres (donc, à l'exclusion du nombre lui-même) est plus petite que le nombre de départ. Celui-ci est alors nommé "déficient", comme c'est par exemple le cas de :
- 123 : 1 + 3 = 4 (4 est largement inférieur à 123 !)
- 845 : 1 + 5 + 13 + 65 + 169 = 253 (inférieur à 845)

En revanche, lorsque la somme des diviseurs propres du nombre de départ est plus grande que le nombre de départ, alors ce nombre est nommé "abondant" :
- 88 : 1 + 2 + 4 + 8 + 11 + 22 + 44 = 92 (supérieur à 88)
- 400 : 1 + 2 + 4 + 5 + 8 + 10 + 16 + 20 + 25 + 40 + 50 + 80 + 100 + 200 = 561 (supérieur à 400)
Le nombre parfait, par opposition à ces deux catégories, est donc l'égalité parfaite entre la somme des diviseurs propres et le nombre lui-même.
| Type de nombre | Somme des diviseurs propres | Exemple |
|---|---|---|
| Déficient | Inférieure au nombre | 10 |
| Parfait | Égale au nombre | 6 |
| Abondant | Supérieure au nombre | 12 |
Nombres multiparfaits, triparfaits et hyperparfaits
Sur la base des nombres parfaits, il existe aussi des nombres triparfaits, multiparfaits et hyperparfaits.
Les nombres triparfaits
Un nombre triparfait est toujours pair. S'il en existe un impair, il est supérieur à 1050. La somme des diviseurs du nombre triparfait, y compris lui-même, est égale à trois fois le nombre. Par exemple, 120 est un nombre triparfait parce que 23 * 3 * 5 = 120.
nombres triparfaits :
- 120
- 672
- 523 776
- 459 818 240
- 1 476 304 896
- 51 001 180 160
Les nombres multiparfaits
La somme des diviseurs d'un nombre multiparfait, y compris lui-même, correspond à k fois le nombre. Les mathématiciens ont découvert plus de 500 nombres multiparfaits jusqu'à l'ordre 8, et ils pensent connaître tous les multiparfaits d'ordre 3 à 7 :
- 25 x 33 x 5 x 7 est le premier tétraparfait
- 27 x 34 x 5 x 7 x 11² x 17 x 19, le premier pentaparfait
- Le plus grand connu est 7,3 10 1 345
Les nombres hyperparfaits
Un nombre hyperparfait est tel que : n = 1 + k(o(n) - n - 1) :
Un nombre 1-hyperparfait
Est un nombre parfait
Un nombre 2-hyperparfait (HP)
Est de la forme 2o(n) = 3n + 1 : 21, 2 133, 19 521, 176 661...
Un nombre 3-HP
Est de la forme 3o(n) = 4n +2 : 325 et aucun autre jusqu'à n = 1 000 000
4-HP
1 950 625, 1 222 640 625, 186 264 514 898 681 640 625
Aucun 5-HP
N'est connu
6-HP
301, 16 513, 60 110 701, 1 977 225 901, 2 733 834545 701, 232 630 479 398 401
Les nombres presque parfaits
Il s'agit d'un entier naturel dont la somme des diviseurs propres est égale à lui-même, auquel on additionne ou soustrait l'unité. Toutes les puissances de 2 sont des nombres presque parfaits car la somme des diviseurs propres de chacun de ces nombres est égale au nombre diminué de 1. Ainsi, la somme des diviseurs propres de 8 est 7, celle de 16 est 15, celle de 32 et 31, et ainsi de suite...

À ce jour, on ne connaît pas de nombres presque parfaits dont la somme des diviseurs propres est égale au nombre plus l'unité ! À présent, pourquoi ne pas vous entraîner avec des exercices de maths ? Concentrez-vous plutôt sur la fraction, la division euclidienne, le logarithme ou encore le raisonnement en géométrie !
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Il y a une erreur dans la liste des premiers nombres parfaits. Le premier est le 6 et non le 8
Bonjour Christian, merci pour votre commentaire – nous avons corrigé l’erreur. Cordialement,